Liberté de la presse : les milliardaires vous informent

La liberté de ton, voire l’impertinence ou l’insolence adoptée par certains journalistes, notamment de la presse audiovisuelle – les effets de manche sont plus marquants à l’écran – pourraient laisser penser que la liberté de la presse ne s’est jamais aussi bien portée qu’aujourd’hui. Que nenni !

Certes, c’est toujours l’article 11 de la déclaration des droits de l’homme de 1789 – « tout citoyen peut parler, écrire, imprimer librement » – et la loi du 19 juillet 1881 qui encadrent cette liberté, notamment en protégeant le secret des sources du journaliste ; mais il semble bien que le souci constant du législateur – cette loi a subit ses dernières modifications en 2017 – ait été de préserver le citoyen vis-à-vis des abus potentiels de l’expression du journaliste – incitation à la haine raciale ou religieuse, diffamation, injure – plutôt que de garantir l’indépendance de ce dernier, dans un contexte économique dont l’évolution, précisément, la menaçait.
Or, c’est bien la concentration des médias, commencée en France dans les années 60 avec le groupe Hersant et qui n’a fait que s’accroître depuis, partout en Europe, notamment du fait de la désaffection du lectorat et de la baisse consécutive des recettes publicitaires, qui, aujourd’hui, met en cause plus que jamais l’indépendance des journalistes.
Désormais, c’est une poignée de milliardaires ayant fait fortune, pour la plupart, dans l’industrie qui possède et contrôle 90% des médias français ; les groupes Bouygues, Lagardère et Dassault, Vincent Bolloré, Xavier Niel, Bernard Arnault, Patrick Drahi.
Et c’est là que le bât blesse : car personne ne mord la main qui le nourrit. Et c’est donc, de manière insidieuse, le règne de l’autocensure qui s’installe petit à petit avec son corollaire, l’émergence d’une « pensée unique » construite sur l’idée d’une évolution du monde unilatérale, au service des industriels et des marchands.
En outre, non contents de dominer la trésorerie des journaux et des médias qui leur sont accolés et d’influer sur leur contenu, les groupes industriels mettent également leur puissance financière au service d’actions en justice, en prétextant que certaines informations divulguées par les journaux seraient contraires au secret des affaires régi par le code du commerce et mettrait en cause leur crédibilité.
Champion toutes catégories : Vincent Bolloré, vingt actions en justice depuis 2009, mettant en cause une cinquantaine de journalistes, de directeurs de médias, de photographes mais également des membres d’ONG.
Résultat : les journaux déminent leurs sujets sensibles en finançant les services d’avocats spécialisés qui pourront évaluer le risque potentiel de la divulgation de telle ou telle information.
Quel parcours du combattant pour qu’une opinion puisse s’exprimer librement !
Face à cette presse entravée, la presse indépendante, qui représente 5% de la presse française, continue à porter haut les couleurs de son modèle économique fondé sur une information à l’abri des pressions directes, des contenus exigeants et la fidélité de son lectorat.
Toutefois et comme l’ensemble de la presse, ses titres – L’Humanité, Politis, le Canard Enchaîné, Charlie Hebdo – ont dû également s’adapter à la concurrence de la Toile et aux nouveaux modes de consommation de l’information en créant des sites en parallèle de leur diffusion papier.
Pourquoi pas, si seulement toute la presse pouvait s’exprimer librement !

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