Les migrants africains en Algérie victimes d’un racisme d’Etat

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Le non-respect par le gouvernement algérien des textes relatifs à la protection des droits humains est chose connue depuis toujours. Il en est ainsi de tous les textes nationaux régissant la vie des citoyens. La constitution est régulièrement bafouée. Tous les dispositifs légaux ou réglementaires garantissant l’exercice des libertés publiques et politiques (parti, association, syndicat, manifestation, etc.) sont systématiquement entravés. Les textes régionaux et internationaux, pourtant signés et ratifiés, subissent le même sort de déni ou de mépris.

On aurait pu avoir la « naïveté » de croire qu’il pourrait en être autrement pour les textes régissant les migrants. L’Algérie terre d’émigration depuis la fin du 19ème siècle, les Algériens et depuis l’indépendance, leur gouvernement, ont toujours été sensibles à cette question et dénonçaient régulièrement, et à juste titre, les brimades, la ségrégation, le racisme subis par les migrants algériens en France. On aurait pu penser effectivement que le gouvernement algérien serait tout particulièrement respectueux des textes protégeant les migrants quels qu’ils soient et où qu’ils soient. A fortiori les migrants africains accueillis sur son sol. Les graves atteintes aux droits de ces migrants ces derniers temps en Algérie attestent malheureusement du contraire.

Dans un climat raciste anti africain largement partagé (rappelant des réflexes ancrés dans l’histoire) la situation des migrants africains et réfugiés ne cesse de se détériorer. Quelques journaux locaux rapportent régulièrement sur l’indignité de leurs conditions de vie et de travail : exploitation d’une main d’oeuvre sous-payée, logements insalubres quand ce ne sont pas des squats, absence totale de protection sociale, brimades en tous genres par une partie de la population, etc.

Dans certaines villes, des violences sont commises à leur encontre sans que les services de sécurité ne les protègent. Quand ce ne sont pas des campagnes racistes d’une rare violence sur les réseaux sociaux. Avec les règles d’usage qu’il faut évidemment appliquer à ces nouveaux moyens de communication où l’anonymat encourage le pire, les commentaires qui y circulent dépassent quelques fois dans l’ignoble ceux entendus en Europe à l’encontre des migrants et réfugiés.

Comme cette campagne lancée par un hashtag éructant « non aux Africains » et qui a « libéré » une parole d’une rare ignominie.

Depuis quelques mois, la situation des migrants africains s’est encore aggravée. Quelques organisations algériennes de défense des droits humains et plusieurs ONG internationales (Amnesty, Euromed Droits, FIDH, Human Right Watch) ont dénoncé cette escalade : arrestations arbitraires, expulsions barbares et sans respect des droits des personnes sous le regard passif, voire complaisant, de la société algérienne. La FIDH dénonce la « chasse aux migrants » et Amnesty le « profilage ethnique ».

A ce sujet, pour la représentante d’Amnesty, « rien ne saurait justifier d’arrêter et d’expulser de force des centaines de personnes en fonction de leur couleur de peau ou de leur pays d’origine présumé. Pourtant l’Algérie est partie à la Convention internationale sur la protection des droits de tous les migrants et des membres de leur famille, quel que soit leur statut, et dispose que chaque cas d’expulsion doit être examiné sur une base individuelle. En outre, l’expulsion collective d’étrangers est prohibée par l’article 12 de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples (Charte de Banjul) de l’Union africaine, que l’Algérie a ratifiée.

Dans cette affaire, il semble bien que le gouvernement algérien agît ici avec l’assurance de l’impunité démontrant à maintes occasions son mépris des migrants et réfugiés en provenance d’Afrique subsaharienne. C’est bien le croissant rouge algérien (un organisme parapublic) qui apporte sa caution humanitaire dans les expulsions à grande échelle menées sans respect des droits des personnes et dans des conditions inhumaines.

C’est bien une directive du ministère des transports (vite retirée) qui voulait interdire aux chauffeurs de bus et de taxis le transport des « migrants illégaux » sous peine de sanctions. C’est bien le directeur de cabinet de la présidence (l’actuel Premier ministre Ahmed Ouyahia) qui accusait publiquement en juillet 2017 les migrants d’être « une source de criminalité, de drogue et de plusieurs autres fléaux » en Algérie. Alors que le ministère des Affaires étrangères les qualifiait de « menace pour la sécurité nationale ».

Des propos que n’osent plus prononcer publiquement les dirigeants du Front national.

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