La répression du Hirak chaabi par la monarchie marocaine

Depuis plus de six mois, un mouvement de contestation populaire sans précédent agite la région du Rif dans le nord du Maroc. Ce mouvement a été déclenché à la suite de la mort tragique d’un jeune poissonnier, Mouhcine Fikri, happé par une benne à ordures à El Hoceima, le 28 octobre 2016, alors qu’il voulait s’opposer à la destruction de sa marchandise saisie.
A ses débuts, Hirak* exigeait vérité et justice pour cette mort. La réponse de la monarchie a oscillé entre la manœuvre (désinformation par les médias soumis à la monarchie et instrumentalisation des mosquées pour discréditer le mouvement) et la répression.
Le mouvement s’est alors radicalisé et installé dans la durée. Aux revendications initiales du mouvement, se sont ajoutées des revendications socioéconomiques et identitaires.
Il est vrai que cette région du Maroc vit des conditions de vie dramatiques avec un taux de chômage supérieure à la moyenne nationale, une région marginalisée historiquement, en mal de perspectives mais toujours frondeuse. Les rifains n’hésitent plus aujourd’hui à critiquer directement la monarchie en la mettant devant ses responsabilités. De telles critiques sont inédites au Maroc où le roi a toujours été épargné par les opposants, même les plus radicaux. Mais la parole qui s’était déjà libérée avec le mouvement du 20 février (mouvement de contestation dans la lignée des révoltes au Maghreb et Machrek des années 2010-2011) est aujourd’hui encore plus libre avec les jeunes rifains. Un de leurs slogans s’adressant au pouvoir monarchique : « Êtes-vous un gouvernement ou des bandits ? ».
Aujourd’hui, Hirak constitue bien un mouvement inédit de contestation sociale, politique et identitaire à la fois. Il ne se revendique d’aucune obédience syndicale ou politique et s’est structuré en dehors des cadres traditionnels tout en affirmant une filiation avec le mouvement dirigé par l’Émir Abdelkrim, un leader nationaliste qui avait combattu le colonialisme et mis en place la république du Rif dans les années 1920.
Et chose inhabituelle à relever dans le Rif, les femmes sont parties prenantes dans les rassemblements organisés régulièrement par le mouvement. Son caractère pacifique est toujours préservé malgré la violence de la répression. Celle-ci s’est en effet durcie avec un déploiement impressionnant des forces de sécurité : forces antiémeutes fortement équipées, forces auxiliaires, policiers en civils, etc. Fin mai dernier Nasser Zefzafi, principal animateur de Hirak est arrêté brutalement avec d’autres compagnons et transféré dans une prison de Casablanca pour « menaces à la sécurité intérieure de l’État ». Une rengaine des pouvoirs autoritaires. Mais loin de calmer la contestation populaire, cette répression n’a fait que l’attiser et susciter un mouvement de solidarité comme la manifestation de soutien qui a réuni des milliers de personnes le 11 juin dernier à Rabat, capitale du Maroc.
D’autres manifestations de solidarité, très importantes symboliquement, à revers des chauvinismes nationalistes, se sont exprimées en Algérie où un rassemblement a été organisé à Bejaia le 13 juin dernier. D’autres mouvements de solidarité s’expriment aussi en France et en Belgique à l’appel de certains partis politiques, d’associations de migrants et d’organisations de droits de l’homme (la LDH s’est associée à un rassemblement devant l’ambassade du Maroc à Paris le 8 juin dernier). Le moment où le nouveau président Macron renoue avec le traditionnel soutien à la monarchie marocaine en acceptant une invitation de « visite personnelle » où il prend le soin de n’émettre aucune critique sur la répression de la contestation du Rif. Bien au contraire.

* Hirak chaabi = Mouvement populaire
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