Demain, la France, un pays post-démocratique ?

La tentation autoritaire, l’appel au « Chef » est de nature à séduire les adeptes du « tous pourris », et à porter au pouvoir les forces rétrogrades du conservatisme, du nationalisme identitaire, ceux qui pensent que l’État de droit, qui ne fonctionne qu’en respectant les Institutions, ne s’impose pas à eux.
Il est difficile de ne pas voir dans Fillon et Le Pen des candidats tentés par l’autoritarisme qui, empêtrés dans des affaires judiciaires, pensent trouver leur salut en dénigrant des institutions comme la Justice, en s’attaquant aux libertés comme celle de la presse, dont ils prétendent être les victimes, au risque d’affaiblir l’État de droit et la démocratie, et ils espèrent par leur appel direct au « peuple » en avoir la légitimité.
Avoir entendu des propos aussi agressifs envers la justice et la presse est un événement inédit en France, ils sont la marque d’une vision populiste de la démocratie qui se répand partout dans le monde.
Nous avons certes avec la Vème République une sorte de monarchie républicaine, mais tempérée par des Institutions indépendantes et où la séparation des pouvoirs, législatif, exécutif et judiciaire, est actée dans la Constitution.
Les régimes populistes se définissent par le refus de cette pluralité. Ils veulent mettre à leurs bottes les cours constitutionnelles, supprimer les organismes indépendants, et considèrent comme ennemis les pouvoirs d’analyse, de jugement et d‘investigation qui sont ceux de la presse.
Nos traditions républicaines nous protègent-elles de l’avènement de ce type de régime ? Rien n’est moins sûr quand on voit la progression du FN dans l’opinion.
Ne nous y trompons pas : l’Histoire a montré que le populisme a eu ses victoires : en France, Napoléon III, le général Boulanger, Vichy, en Europe, Hitler, Mussolini, Franco, Salazar, les Colonels grecs, Staline, avec les conséquences que l’on sait : fin des libertés, répression, terreur, jusqu’au crime contre l’humanité pour certains.
Cela c’était hier, mais aujourd’hui ressurgissent ces mêmes partis populistes, en France, avec le FN, en Allemagne, aux Pays-Bas, en Belgique, en Angleterre, en Europe centrale, en Suède, au Danemark, en Italie…Sont épargnés de la contagion les pays qui ont connu les pires dictatures : L’Espagne, le Portugal, la Grèce.
Ces forces politiques antidémocratiques prospèrent grâce aux « crises » du système capitaliste, les plus emblématiques étant celles de 1929, et 2008 pour les plus récentes.
Des millions de travailleurs sont laissés sur le bas coté de la route. Leur sentiment d’impuissance, de colère, se retourne alors non pas vers ceux qui les oppriment, mais vers ceux qui ont laissé faire. C’est avec le sentiment d’être aux mains de forces qui les dépassent, que beaucoup d’entre eux se jettent dans les bras des populistes, lesquels curieusement ne sont pas assimilés au « système » ce qui leur permet de se présenter comme une alternative. Leurs partisans se moquent du programme, dès l’instant que la table rase est pour demain.
Et la gauche ? L’échec de l’expérience communiste d’une part qui plombe l’extrême-gauche pour longtemps, et la social-démocratie d’autre part, qui a adhéré à l’idéologie néolibérale, a promu une Europe incapable de s’unir sur des accords politiques, une Europe n’ayant pour seul idéal que le marché, concourt à son rejet. La gauche n’arrive plus à occuper l‘espace de prospérité des populistes.
« Si presque partout dans le monde des partis qui prétendent mettre au cœur de leurs préoccupations les oubliés, les damnés de la mondialisation, les sans-grades, les déclassés, marginalisent la gauche, n’est-ce pas parce que celle-ci a renoncé à mener une politique de gauche ? Pourquoi presque un tiers des Français qui vont voter à la prochaine élection présidentielle, dont de nombreux électeurs issus des classes populaires, s’apprêtent-ils, selon les sondages, à apporter leur suffrage non pas à la gauche, mais à une candidate, Marine le Pen, dont le répertoire idéologique était il y a encore peu aux antipodes de l’anticapitalisme et de la lutte des classes ? Cela s’explique en grande partie par le fait que la gauche a tout simplement renoncé à mener une politique de gauche. »*
Ce constat ne doit pas masquer pour autant que des luttes se mènent sur le front du travail, du logement, de l’accueil des réfugiés, de la défense des libertés dont les restrictions dues à l’état d’urgence ne protègent en rien des risques des attentats, sur le front de la défense des services publics, notamment hospitaliers, sur le front des violences policières.
La démocratie n’est jamais acquise une fois pour toutes. L’égalité des droits est avec le respect des libertés démocratiques, le combat essentiel de la Ligue des droits l’Homme, Rejoignez-là, elle a besoin de votre soutien citoyen !

* Dominique Méda, professeure de sociologie à l’université Paris-Dauphine
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